L’eldorado perdu des sciences humaines et sociales

Publié le 26/04/2019 à 12:02
L’eldorado perdu des sciences humaines et sociales

Cela peut sembler incongru de nos jours, mais il fut un temps où les sciences humaines et sociales étaient considérées comme la quintessence de l’enseignement, en lieu et place actuels des sciences dures. L’histoire, les langues, les arts étaient considérées comme anoblissantes et symboles de réussite, dans un monde encore épargné par l’attrait de la consommation. 

 

 

La pureté des sciences de l’homme 

 

Aujourd’hui, les écoles de commerce sont généralement considérées comme des marqueurs de réussite sociale. Dans la Grèce antique, le métier de commerçant était plutôt perçu comme avilissant, tourné vers le triste profit matériel, loin de la noblesse naissante de la philosophie. Cet amour pour les sciences de l’humain puis les arts s’est prolongé à travers l’histoire, acquérant de nouvelles lettres de noblesse au cours de la Renaissance.

 

A partir du XVe siècle, les humanistes font briller les sciences sociales en plaçant la culture et les humanités antiques au centre de leur enseignement. Les lettres (latin, grec, hébreux) sont à l’honneur avec la rhétorique et aussi le sport. Les sciences durent ne sont pour autant pas écartées mais également enseignées, avec les mathématiques, les sciences naturelles ou encore l’astronomie, pour former un ensemble homogène.

 

 

Les « Cinq de Cambridge »

 

Au début du vingtième siècle, dans certains pays comme l’Angleterre, l’héritage de cette passion pour les sciences humaines se poursuit voire se radicalise. Dans les universités prestigieuses d’Oxford et de Cambridge, il fait bon étudier les langues anciennes, l’histoire et les arts, beaucoup plus que les mathématiques et la physique, considérées comme barbares. L’ingénierie est pour sa part souvent perçue comme bassement technique, délaissée aux classes sociales inférieures.

 

Pour les étudiants de bonne famille, un enseignement correct passe obligatoirement par les langues anciennes et l’histoire, ainsi que par un voyage à travers l’Europe, fidèlement à une antique tradition romaine. Dans les années 30, l’université de Cambridge rayonne grâce à ses humanités. Cinq de ses étudiants seront amenés à se distinguer durant la Seconde Guerre mondiale : Anthony Blunt (histoire de l’art), Guy Burguess (histoire), Kim Philby (économie), John Cairncross et Donald Duart Maclean (langues). Tous issus des classes sociales supérieures, ces étudiants sont aussi secrètement des marxistes, et des agents doubles au service de Moscou. Une hérésie tout à fait inimaginable pour la société conservatrice britannique, qui ne découvrira leur existence que grâce aux services secrets américains dans les années 50.

 

 

En France l’âge d’or des sciences humaines est mort depuis longtemps. Une filière littéraire est désormais – hélas à juste titre – perçue comme un quasi futur suicide professionnel. Les lycéens ne s’y trompent pas, en choisissant massivement les filières scientifiques, malgré la réforme du lycée. 


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